Enluminure
Une enluminure rehausse un texte calligraphié à la main sur du parchemin, le décore de couleurs vives et généralement de feuille d'or pur. Une enluminure est une oeuvre d'art, jamais un objet réalisé à plusieurs exemplaires.
Parchemin - perkament - pergamena
Le parchemin
Le parchemin, support de l' enluminure, fut 'inventé' aux environs du IIème siècle avant Jésus-Christ dans la ville de Pergame (en Turquie actuellement ), par le roi local Eumène II . Souple, résistant et léger , sa matière première se trouve partout.
Le papyrus
Le papyrus apparaît en Egypte aux alentours du IIIème millénaire avant J.C. . Fabriqué à base de tiges de Cyperus papyrus ( plante poussant spécifiquement dans la vallée du Nil ), il est très léger et peu coûteux . Cependant, il est fragile et son utilisation demande une grande dextérité : son usage se trouve donc limité à une classe particulière : les scribes .
Peinture - Paintings
Stages : enluminure - illumination - dorure -gilding
Expositions : peinture et enluminure - painting and illumination
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Au moyen-âge il n'est pas question ni de peintures à l'huile (utilisée à partir du XVème siècle, même si on retrouve quelques recettes du XIème) ni de gouache (XVème) et encore moins de crayons de couleurs ( inventés fin XVIIème, répandus au XIXème ). Il n'y a pas non plus de marchands de couleurs ; et au début du moyen-âge ce sont les scriptoria monastiques détiennent la connaissance de la fabrication des encres et des pigments .
L'encre d'écriture
Elle est noire ou brune, suivant sa composition . Les encres de couleur, beaucoup plus chères, ne servent que pour les titres ( rouge = minium,...)
L'encre noire la plus simple est du noir de fumée soigneusement pilé et mis en suspension dans l'eau . Elle existe depuis la plus haute antiquité . La teinte résiste bien à la lumière mais est fragile à la manipulation.
Les encres métallo-tanniques sont très résistantes à l'humidité et ne bavent plus une fois sèches . Le principe est d'utiliser les tanins présent dans la plupart des végétaux ligneux . Après décoction ou ébullition, on obtient un liquide brunâtre qui doit être concentré par évaporation . cela peut servir d'encre tel quel, mais la couleur sera pâle et fragile. La méthode la plus archaïque pour la stabiliser est de plonger un morceau de fer ou de cuivre chauffé au rouge dans le liquide . Sinon, on utilise une pincée de vitriol ( attention : avant le XIVème siècle ce terme désigne un sulfate et non l'acide sulfurique !). On ajoute ensuite un peu de gomme arabique ou de colle de peau pour épaissir.
L'encre devient alors plus noire et stable . Les tons diffèrent suivant le végétal employé . Selon mes expériences, de très nombreux végétaux peuvent s'employer , avec plus ou moins de bonheur évidemment .......
Traditionnellement , la substance la plus utilisée est la galle de chêne ( chêne se dit "tann" en gaulois et en breton - d'où le terme "tanin"). L'encre, presque grise quand on écrit, devient bien noire en sèchant - surtout sur le parchemin . Il existe des quantités de recettes à base de galles.
Les ingrédients les plus divers et les plus incongrus ( vin, urine, miel, oeufs, insectes,...) entrent dans la fabrication des couleurs . Comme pour une recette de cuisine, deux personnes suivant les mêmes consignes obtiendront des résultats très différents . La normalisation des teintes reste donc une idée très théorique
verts
L'enluminure au moyen-âge
L'enluminure est l'art d'écrire de façon décorative, afin d'éclairer un texte - au sens propre comme au figuré . C'est un art très ancien, indissociable du parchemin : on ne doit pas parler d'enluminure si l'oeuvre n'est pas totalement créée de la main de l'artiste - elle doit par conséquent être unique.
Ces oeuvres au moyen-âge se trouvaient dans les livres, généralement reliés sous forme de codex. Cette forme permettait un transport facile et une protection des pages contre la lumière et les salissures qui a permis à certaines d'entre elles de nous parvenir intactes.
Le papyrus, quoique toujours présent au moyen-âge dans certains domaines particuliers, présente une surface striée qui le rend difficilement adapté à la pratique de l'enluminure.
Les oeuvres qui ne sont pas liées à un texte (ne serait-de que parfois réduit à une lettre, ou même suggéré), ou qui sont multipliées (xylographie, pochoirs,..) doivent donc porter d'autres noms ( imagerie, fresques, ou même miniatures....)
Il existe un certain nombre de conventions iconographiques pour éxécuter une enluminure, mais celles-ci ont varié dans le temps et dans l'espace ( pays, abbayes,..) et ont toujours laissé au copiste une marge suffisante pour exprimer son art et le faire évoluer. Si les mots du texte sont (presque) fidèlement recopiés, le dessin est toujours légèrement différent.
Les outils au moyen-âge
la plume
C'est l'outil le plus connu . Généralement d'oie (mais aussi corbeau, et tous oiseaux de grande taille), elle est taillée avec un couteau. La largeur de son bout plat détermine la largeur du trait. On utilise aussi des roseaux taillés en pointe (calame).
le couteau
Pour tailler les plumes, gratter le parchemin, etc...
règle et compas ( à pointe sèche )
servent à règler le parchemin
récipients
coquillages, récipients en terre,...
pinceaux
soit en poils de mammifères
soit plumes de bécasse petite plume située à l'extrémité de l'aile
Les techniques au moyen-âge
Du fait du prix du parchemin et des pigments, il est hors de question de recommencer plusieurs fois ! On fait donc une ébauche avec un style ( petite tige généralement métallique ) sur une planche de bois recouverte de cire .
On détermine d'abord les emplacements en traçant des lignes fines :
le texte proprement dit, qui sera exécuté à l'encre brune ou noire .
les lettrines ( initiales enluminées )
la rubrique ( du latin rubrum = rouge ) ; c'est à dire les têtes de chapitre ou de paragraphe ; exécutés au minium
les autres dessins
les encadrements
Ce ne sont pas toujours les mêmes personnes qui vont faire l'ensemble du travail : certains moines sont spécialisés dans le texte , d'autres dans l'illustration .
Le dessin a souvent une symbolique très précise : il sert aussi à expliquer le texte à celui qui ne sait pas lire . C'est un peu l'ancêtre de la bande dessinée d'aujourd'hui .
(voir le dossier de la BNF)
Les pigments sont appliqués de façon différente et leur composition est la première oeuvre de l'artiste : ce ne sont jamais des couleurs normalisées mais toujours de savantes recettes .
La plupart du temps, le point de mire est la feuille d'or... si l'on en a les moyens ! On utilise aussi la feuille d'argent, de cuivre...
Au début du moyen-âge, le fond du dessin est généralement doré ( comme les icônes ) puis les progrès de la technique et des échanges commerciaux ont fait varier et s'enrichir les styles à l'infini . Traditionnellement, le dessin est cerné d'un trait d'encre pour le faire ressortir ( comme la bande dessinée, encore une fois ) . A partir du XIV ème siècle, on n'utilisera plus systématiquement ce procédé (invention de la gouache) .
L'enluminure et le parchemin n'ont évidemment plus de fonction utilitaire... Ils restent uniquement dans le domaine artistique ou scientifique .
La copie et l'étude précise du passé sont le domaine de la recherche et de l'enseignement . Il existe une somme considérable de travaux sur le sujet . Pour ceux qui voudraient en savoir plus :
le site de la BNF comporte plusieurs études sur l'histoire de l'écriture :
Naissance des écritures
Matières et formes des supports de l'écrit
La page
Quant au travail de l'artiste, il se doit d'être une recherche permanente : s'appuyant sur le travail des anciens, il ne doit pas rejeter les nouvelles techniques - à une condition cependant : elles ne doivent surtout jamais servir à standardiser .
A l'origine, le parchemin n'était qu'un vulgaire cuir mal dégrossi, séché au soleil cette technique existe encore dans certains pays pour fabriquer des instruments de musique ( sortes de tambours, caisses de résonance d'instruments à cordes ) . Le résultat est assez médiocre et peu durable .
Dans nos régions, le soleil n'étant pas suffisant pour faire tomber les poils des animaux, on utilise un bain de chaux vive
La chaux vive est obtenue facilement par calcination de roche calcaire . Dans cet état elle est extrêmement agressive (on entend d'horribles histoires de cadavres disparaissant dans la chaux vive ) . Hydratée, elle devient "éteinte" et peut servir d'enduit mural ou de ciment primitif .
Quand on plonge de la chaux vive dans l'eau, elle s'éteint progressivement : pendant plusieurs jours elle aura un pouvoir corrosif et stérilisant . Cela va d'abord décoller le poil de la peau trempée dans le bain, par destruction de la couche épidermique contenant les racines capillaires ( lapin : 1 à 2 jours ; mouton : 4 à 5 jours ). Malheureusement l'odeur ne passe pas encore par internet : c'est un bon moyen de se débarasser de voisins envahissants , ou d'éloigner d'éventuels cambrioleurs .
La peau est ensuite replongée dans un nouveau bain de chaux propre pendant une quinzaine de jours . L'odeur redevient supportable car il n'y a plus d'éléments en putréfaction .
Après un dernier raclage et un bon rinçage, on peut tendre la peau et la faire sécher à l'air . C'est devenu une substance inerte qui peut se conserver plus de mille ans dans de bonnes conditions .
Il ne reste plus qu'à la poncer soigneusement sur ses deux faces et à dessiner.
Depuis le début du XXème siècle, des techniques plus industrielles sont utilisées pour le parchemin vendu dans le commerce . La peau est immergée dans une solution de sulfure de sodium à la place de la chaux, par exemple . Le produit obtenu est bien blanc, bien régulier, mais ce n'est plus exactement le parchemin traditionnel . !
Je ne vends pas de parchemin non enluminé - je n'en fabrique que pour mon propre usage afin qu'il soit conforme aux techniques médiévales.