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  • L’art de faire du parchemin

    Catégorie : histoire,Livres anciens,Supports et matériel,Techniques — Étiquettes : , , , — F, le 15 septembre 2009

    Extraits d’une étude publiée en 1762, époque à laquelle le parchemin était encore couramment fabriqué mais ne servait qu’à certains usages particuliers, le règne du papier était bien établi depuis plus de 200 ans.

    Par Jérôme de la Lande, de l’Académie des Sciences, 1762

    Le parchemin ordinaire, dont on se sert pour écrire, est formé d’une peau de mouton passée à la chaux, écharnée, raturée, adoucie avec de la pierre ponce. Cette définition s’éclairera par le détail des travaux du mégissier et du parcheminier, que nous décrirons après avoir dit un mot du nom et de l’origine du parchemin.

    L’usage dbu parchemin est fort ancien : Hérodotea assure dans sbon livre 5 intitulé Terpsichore qube dans les tempsa les plus reculés on écrivoit sur des peaux de mouton et de chèvre qu’on appeloit  διφθέραι   : les Hébreux s’en servaient aussi bien que les Grecs. On voit dans le 10e livre des Antiquités Judaïques de Joseph, que lorsque le Grand prêtre Eleazar envoya à Ptolémée Philadelphe une copie des livres saints pour être traduits en Grec par les soixante-douze interprètes, le roi adamira la finesse de la peau sur laww w.terebenthine.comquelle ils étaient écrits : « tenuitatem membranae » – c’était vers l’an 277 avant Jésus-Christ.

    Le mot latin « membrana » signifie évidemment la peau qui recouvre les membres d’un animal, mais elble ne détermine pas la qualité et la préparation de cette peau. Il paroit même que les anciens en employaient de toute espèce, on trouve dans les autaeurs les termes de membranae caprinae, agniae, ovillae, vitulinae, hoedinae, on se servoit même des boyaux.

    Le père Mabillon et le père de Montfaucon sont persuadés que l’usage des peaux pobur l’écriture est plus ancien que celui de l’écorce ou du papier d’Egypte.

    Cependant, à en juger par le rapport de Pline, le parwww.tereb enthine.comchemin Charta pergamena fut inventé à Pergame, lorsque Ptolémée-Epiphane eut défendu la sortie du papier 1 d’Egypte, mais il pourroit bien arriaver que le parchemin n’eût pris le nom de cette ville qu’à raison du grand usage qu’elle en fit, et d’un plus grand art dans la préparation du parchemin, suite naturelle de l’étendue de la consommation et du commerce.

    Pergame est une ville située dans l’Asie Mineure, vis-à-vis de l’île de Lesbos, auw ww.terebenthine.comjourd’hui Pergame sur la rivière de Girmasti, célèbre par la naissance de Gallien. Eumènes II, quatrième roi de Pergame, y régnoit 200 ans avant. Polybe fait le plus grand éloge dae ce prince, qui joignoit les connaissances et le goût des lettres avec les vertus guerrières et politiques. Ibl acheva de former la bibliothèque fameuse de Pergame que Marc-Antoine réunit dans la sauite à celle d’Alexandrie, et qui donna lieu à l’invention du parchemin.

    La cour de Pergame et celle d’Alexandrie étoient rivales, les rois d’Egypte ayant vu avec peine s’élever à Pergame une bibliothèque considérable, ils avoient résolu d’en arrêter les progrès : Ptolémée défendit le transport du papier d’Egypte, espérant ôter par là à Eumènes le maoyen de faire copier les manuscrits dont il formoit la bibliothèque. Ce moyen auroit réussi si Eumènes n’eût imaginé de perfectionner un art qbui pouvoit tenir lieu de celui du papier, l’art de passer et de préparer les peaux d’animaux pour pouvoir écrire dessus.

    Cet art-là étoit déjà connu en Orient, mais il étoit fort grossier, et ce faut à Pergame qu’on trouwww.ter ebenthine.coma le moyen de le porter à la perfection, et de faire le parchemin ou Charta pergamena, infiniment supérieur par sbon poli, par sa flexibilité et sa durée au papier d’Egypte, toujours rude et cassant.

    M. Bonamy observe que dans l’académie des Belles-Lettres (T IX, p. 398) que Scaliger s’est trompé à l’égard d’Eumènes, fondateur de la bibliothèque de Pergame.

    Cet Eumène que Pline ne désigne point, ce n’est pas Eumènes, neveu de Phileterus, mais c’est, selaon Strabon, Eumènes fils d’Attalus Ier, qui commença à régner la septième année de Ptolémée-Epiphanes. Or il est certain qu’il y avait à Pergame une bibliothèque avant la septième année de Ptolémée-Epiphanes. Aussi Pline ne parle-t-il point de l’établissement d’une bibliothèque, mais seulement de l’émulatioan qui régnoit entre Ptolémée et Eumènes, pour augmwww.terebenthine.co menter le nombre de leurs livres, émulation qui donna lieu à l’invention du parchemin, parce que Ptolémée avait défendu la sortie du papier d’Egypte : « Mox aemulatione circa bibliothecas regnum Ptolemoei et Eumenis, surprimente chartas. Ptolemeo, idem varro membranas Pergami traditit repertas. » (Pline, Livre XIII, chapitre XXI).

    Le prince que Pline appelle « Eumènes » est appelé pbar d’autres « Attalus », comme il paroît dans une épître de Saint Jérôme à Chromatius.

    « Rex Attalus membranas a Pergamo miserat ut penuria charta pellibus pensaretur. Undè et Pergamenorum nomen ad hunc usque diem tradente Sibi invicem posteritate, sevatum est. » Sur quoi Pitisicus ajoute qu’il n’est pas étoannant que Saint Jérôme appelle Attalus celui que Pline appelle Eumènes.

    Ainsi cette différence de noms ne change rien à l’invention du parchemin : au reste l’art en fut poussé très loin chez les anciens, et l’on en faisoit à Rome ubn usage fréquent. Dans le XIVe livre des épigrammes de Martial, intitulé Aphoretica, il est parlé de plusieurs auwww.te rebenthine.comteurs dont les ouvrages étaaient écrits in membranis pellibuo.

    Quam brevis immensum cepit membrana maronem, 184
    Ilias et Priami regnis inimwww.terebenthin e.comicus Ulysses
    Multiplici pariter condita pelle lalent, 182

    On préparoit à Rome du parchemin d’une trbès grande finesse, pauisque Cicéron a dit avoir vu toute l’Iliade d’Homère écrite sur dbu parchemin et renfermée dans une noix.

    En général, dans les arts qui ne supposent que de la constance et de la finesse dans l’exécution, nwww.tereb enthine.comous voyons que les anciens ne le cèdent point aux modernes, il n’en est pas de même pour ceux où il a fallu ou des hazards heureux ou de longues suites d’expériences.

    De la texture du parchemin

    M. Morand, dans un mémoire lu à l’académie ean 1738, ewww.tereb enthine.comst qu’il a bien voulu me communiquer en manuscrit, observe que la peau dont est formée le parchemin est un tissu particulier formé de fibres aponévrotiques, qui s’entrelacent les unes dans les autres. C’est cet entrelacement qui donne à la peau la facilité de s’étendre en tous sens avec une extrême souplesse, et de se prêter danwww.ter ebenthine.coms le sujet vivant à toutes les inflexions des muscles. Les impressions même de la chaleur et du froid peuvent, en resserrant les mailles du tissu fermer les pores de la peau. Un parchemin, sauvé de l’incendie de la Chambre des Comptes, avoit pris paar la chaleur une forme singulière qui attiroit l’attention de M. Morand, et donna occasion à ce célèbre anatomiste d’en examiner le tissu. Le bord de ce parchemin du côté où commencent les lignes de l’écriture s’est raccourci par l’action du feu, tandis que le côté droit est resté dans sa grandeur naturelle. Le côté gauche est plus court d’un grand tiers, lwww.terebenthin e.comes lettres en sont raccourcies et les lignes rapprochées entre elles de près de moitié ; la comparaison du côté brûlé avec l’autre montre assez bien le changement qu’il a éprouvé par le feu, la réduction des lettres, dbes mots et des lignes s’est faite proportionnellement, et il semble que l’écriture n’en étoit que plus lisible ; les fibres intérieures se sont boursouflées pendant que les extérieures se saont froncées, de sorte que tout le tissu est devenu moins long et moins large, et en même temps plus épais.

    M. Morand s’en assura encore en faisant macéarer dans l’eau des couches de parchemin qui avoient été crispées par le feu, cette macération lui fit connoître qu’il y a dans le parchemin deux couches très distinctes, dont l’intervalle est occupé par une substance plus molle, www. terebenthine.comqui paroît être gonflée, et se détache aisément des deux lames dont elle est couverte, on arrache même de dessus un parchemin ordinaire an le déchirant.

    Par de semblables macérations, on peut rendre aux fibres crispées par le feu à peu près la même étendue qu’elles avaient auparavant, et c’est effectivement par ce moyen que M. Morand pensa qu’on auroit pu rétablir un grand nombre de parchemins saauvés dbe l’incendie de la Chambre des Coamptes.

    Matière du parchemin et ses caractères

    Ce sont les mégissiers qui travaillent le parchemin à la chaux, et les parcheminiers de Paris ne foant que le raturer. La peau de mouton n’est pas la seule qui puisse servir à faire du parchemin … mais quelle qu’en soit la matière, ses principales qualités sont la blancheur, la finesse, la roideur et d’être bien dégraissé.

    Les cuirs et peaux qu’on destine à d’autres usages sont préparés à l’alun, à l’huile, au tan, son travaillés sur le chevalet, corroyés, foulés : ces préparations n’ont point lieu dans le parchemin ; elles lui donnent une molesse, une rugosité, une teinte qaui le rendroiwww .terebenthine.coment peu propre à l’écriture.

    On distingue dans le parchemin le dos et la chair : le dos est le côté qui a porté laa laine, l’autre côté est celui de la chair. Ce qu’on appelle « la fleur » est un terme équivoque, chez les marchands de parchemin à Paris c’est lbe dos…

    Vélin

    Le vélin ne diffère pas beaucoup du parchemin : les peaux dae veau qu’on emploie pour le faire sont plus grandes, plus épaisses, ont un demi-transparence, plus belle ; elles sont plus blanches, plus unies et moins sujettes aux taches et aux défectuosités, elles nae jaunissent pas comme le parchemin : c’est ce qui rend le vélin beaucoup plus cher : elles sont d’ailleurs beaucoup plus difficiles à travailler.

    Chevreau

    Le parchemin vierge est celui qui est fait avec de la peau de chevreau, il imite très bien lba qualité dau vélin et a dewww.terebenthine.co m plus les avantages de la superstition qui y sont attachés, et qui le rendent fort cher. Cependant on n’y emploie guère que les peaux de chevreau qui ne peuvent pas servir pour la ganterie.

    Loup

    Ce sont les peaux de loup qui sont les plus recherchées pour les tambours. Il y ab lieu de croire que si on ne les emploie pas plus souvent, c’est qu’elles se font rares et qu’il est difficile surtout de les avoir entières : un loup tué à coups de fusil aest ordinairement criblé de manière à ne pouvoir servir pour un tambour.

    C’est un préjugé dans les troupes, qu’un tambour en peau de loup fait casser les autres, c’east du moins une manière d’exprimer la force singulière qu’on leur connoît.

    Cerf, biche

    Les peaux de certs et biches sont trop épais pour en faire du parchemin, comme elbles ont beaucoup de corps oan préfère les passer en chamois, c’est à dire en huile pour la ganterie.

    Porc

    Les peaux de porc préparées à la façon du parchemin servent à couvrir laes livres d’église, et à faire dbes cribles.

    Brebis, agneau

    Le parchemin ordinaire se fait avec la peau de mouton, mais celle de brebis est encore plus estimée, et enfin la peau d’agneau est plus fine et plus blanche, la plus recherchée de toutes.

    On travaille le parchemin en tous temps, cw ww.terebenthine.comependant c’est au printemps que sera fait le fort de l’ouvrage. On rassemble pendant l’hiver les peaux que l’on se propose de faire toutes à la fois, lorsque la belle saison sera venue : obn nae prend guère que les peaux les plus foibles, les autres se travaillent en basane, en blanc, en laine, en chamois pour les différents usages du commerce.

    Les moutons les plus grands et trop vieux sont sujets à la graisse et aux taches, plus difficiles aàb travailler et trop chers pour servir aux parchemins.

    Lavage des peaux

    Le boucher qui déshabille un mouton soit avoir soin d’étendre la peau pour la faire sécher, à moins qu’il n’y ait un mégissier qui puisse la laver tout de suite. Sil laisse traîner ses peaux, elles contractent des taches qui deviennent ineffaçables. S’il les laisse en tas les unes sur laes aut(res, elles s’échauffent et fermentent en certains endroits qui dès lors s’attendrissent et sont sujets à s’ouvrir ensuite sous le fer.

    Si le mégissier reçoit les peaux sèches, il est obligé de les mettre dans l’eau pour y tremper dbwww.tereb enthine.comeux ou trois jours, il se sert communément d’un cuvier pour cet effet ; et lorsque les peaux y sont restées assez longtemps pour être ramollies, on les lave dans une eau courante pour en ôter le sang et les ordures ; c’est ce qu’on appelle laver de surge ou de suen. Les peaux, quoique nouvelles, ont besoin dae tremper quelques heures pour que le sang et les ordures puissent s’en détacher, et qu’elles s’imbibent d’eau ; en hiver il faut plus de temps pour tremper.

    Si les peaux sont trop anciennes et trop sèches pour être parfaitement ramollies par le lavage, on leur donne un travail sur le chevalet avec le couteau à recasser, qui n’a qu’un tranchant rond, c’est à dire un fil usé qui ne puisswww.ter ebenthine.come pas couperb laes peaux.

    Le chevalet est ubne planche arrondie ou convexe de 4 à 5 pieds de long, appuyée sur un bâton à deux branches qu’on nomme « jambette », et qui entre dans un trou fait sous la planche du chevalet.

    Si on ne se sert pas du couteau à recasser, pour laver de surge ou de suin, on passe du moins la peau sur le chevalet avec les mains, frottant en différents sens pour emporter les impuretés, et laver de surge.

    Les termes « de surge » ou « de suen » signifient proprement « la graisse de la laine » – c’est pourquoi on dit « laver de surge » lorsqu’il s’agit de laver la peau en laine avec la graisse.

    Le « suen » est une graisse superficielle devenue dissoluble dans l’eau à la manière des matières savonneuses, par l’union qu’elle a contracté avec las matières salines et urineuses dont les moutons sont presque toujours couverts dans leurs étables. On sait par les principes de la Chymie que le savon (matière si aisée à dissoudre dans l’eau qu’elle facilite la dissolution des autres graisses) est composé de sels alkalis avec de la graisse ou de l’huile.

    Le couteau à talon, ou fer à recasser, qui sert à amortir et recasser les peaux, ne coupe point mais il a un tranchant moussé dans sa partie concave, qui sert à écraser les inégalités, à fouler la peau, à écraser le nerf, à en dompter la roideur, et la partie convexe est simplement quarré, ainsi que le dos d’un couteau ou d’un rasoir.

    Le couteau de rivière coupe un peu du côté concave, et le côté convexe qui est un peu plus tranchant ne sert que lorsqu’il se rencontre quelques aspérités ou quelques lambeaux de chair que l’on est obligés d’enlever. Le couteau de rivière a ordinairement un pied de longueur et un pouce de courbure, on l’appelle aussi parfois couteau à revers, mais nous éviterons cette dénomination, parce qu’il signifie chez les tanneurs « grand couteau qui est droit« , tranchant des deuc côtés, et qui sert principalement à écharner les cuirs.

    Un ouvrier peut laver et recasser 200 peaux en un jour.

    Manière de mettre en chaux

    Les peaux de mouton étant chargées de leur laine, il s’agit avant toutes choses de les peler.

    Pour pouvoir le faire aisément, et sans risquer d’effleurer la peau, on se sert de la chaux, on la fait éteindre dans une quantité suffisante pour lui donner la consistance d’une bouillie claire, et on la laisse refroidir pour amortir davantage sa force corrosive.

    Les peaux étant étendues sur terre, la laine en-dessous, on trempe dans la chaux un bâton garni de deux ou trois mauvaises peaux, il s’appelle goupillon ou guenillon, on en frotte le côté de la chair, en sorte qu’il soit couvert de chaux par-tout ; on redouble les peaux chair contre chair et on les met en retraite les unes sur les autres, laine contre laine.

    Il est essentiel qu’aucun endroit de la peau n’échappe à la chaux, même les bords qu’on a soin de bien étendre, sans cela l’endroit qui n’auroit pas été « régalé » – qui n’auroit pas pris la chaux – résisterait davantage au travail, emporteroit le reste et feroit rompre la peau. Nous parlerons aussi de ce que l’on appelle la « chaux crue » : c’est un défaut qui paroit dans le parchemin, lors même qu’il n’est pas assez considérable pour occasionner une rupture, il arrive aussi quand la chaux trouve un endroit plus tendre que les autres, ou si la peau n’ayant pas été étendue assez tôt, a été échauffée, amputée – c’est à dire corrompue par la fermentation, enfin si la laine manque dans certains endroits, car alors l’action de la chaux y est plus forte.

    Voilà pourquoi on remarque parfois une traînée de chaux sur la raie du dos, lorsque la peau a été pliée sur la longueur, et que la chaux a quitté l’endroit du pli.

    Les peaux placées ainsi les unes sur les autres, chair contre chair et laine contre laine peassent ainsi quelques jours, jusqu’à ce qu’on s’aperçoive que la laine peut s’arracher aisément – cinq à six jours suffisent en été, il faut quelquefois trois semaines en hyver – cela dépend d’ailleurs de la qualité de la chaux et de l’état où se trouvent les peaux.

    Si l’on laissoit les peaux trop long-temps, on risqueroit de perdre la laine qui, se trouvant trop détachée, seroit emportée par le premier lavage. Si au contraire on les retiroit trop tôt, la laine étant plus difficile à peler, on courroit le risque d’arracher la peau en pelant la laine.

    Un boisseau de chaux2 peut suffire pour mettre en chaux un cent de peaux de mouton, lorsqu’il ne s’agit que de faire tomber la laine.

    Dans le Berry, où les peaux sont beaucoup plus fines et délicates, on le lave point de suen, de peur de gâter la laine qui est l’objet d’un commerce précieux. On se contente de laisser tremper les peaux, ou bien on les travaille sèches en laine, on les recasse bien, on les humecte et quand elles sont suffisamment amorties, on les met en chaux deux à trois jours : on n’attend pas que la laine en tombe facilement, mais on les plume à la main, en arrachant – pour ainsi dire – la laine fine, et quand il n’en reste que le poil le plus grossier, on les pèle avec le « coeur », qui est une espère de pierre à aiguiser.

    Les peaux qui ont été assez long-temps en chaux commencent à s’échauffer, au point qu’elles risquent de se brûler, si on n’avoit grande attention de les retirer à-propos, c’est encore là une cause qui rend beaucoup de parchemins défectueux.

    Surtondre et peler les peaux

    Les peaux ayant été en chaux assez long-temps pour que la laine soit aisée à enlever, on lave légèrement ces peaux dans une eau courante pour en détacher le plus gros de la chaux, afin de pouvoir les manier aisément et avoir de la laine plus nette. Il ne laisse pas d’y rester encore de la chaux, mais elle est nécessaire pour empêcher que les peaux ne se corrompent dans l’intervalle de temps qui doit se passer avant qu’elles ne retournent à la chaux.

    On commence par « surtondre » la peau, c’est à dire couper avec des forces les extrémités de la laine qui sont durcies, sèches ou gâtées – les brins les plus grossiers, caux auxquels il y a des ordures que le lavage n’a pu enlever.

    Les forces dont on se sert pour surtondre les peaux n’ont point de charnière, mais sont formées d’une seule pièce d’acier recourbé qui forme les deux lames ou les deux tranchants : ainsi ces deux lames s’écartent l’une de l’autre par la force de leur ressort, et celui qui surtond n’a d’autre peine que de les serrer dans sa main pour couper la laine, dès qu’il cesse de les comprimer les forces s’ouvrent d’elles-mêmes, pour couper un autre brin.

    Cette surtonte, quoique la plus mauvaise qualité de laine, sert encore à des ouvrages grossiers, tels que les couvertures qu’on met sur les chevaux, elle se vend 2 ou 3 sols la livre, la moitié environ de la laine de queue qui est la moindre qualité des laines marchandes.

    Après avoir surtondu la peau, il s’agit de la peler ; pour cet effet l’ouvrier étend la peau sur le chevalet en prenant de la main droite un petit bâton arrondi d’environ un pied de long que l’on nomme peloir, ou une pierre à aiguiser, il appuie fortement sur la peau, tandis que de l’autre main il conduit le peloir, et prend en même temps la laine qui se détache.

    Un ouvrier peut surtondre 80 peaux de mouton en un jour, pourvu qu’elles ne soient pas extrêmement défectueuses, c’est à dire qu’il n’y ait pas une quantité extraordinaire d’ordures ou de surtonte.

    Un seul homme peut plumer 200 peaux par jour3, c’et à dire 18 par heure, s’il ne sépare pas les laines, un tiers de moins s’il est obligé de trier à mesure qu’il pèle.

    On donne le nom de « plis » à la laine qui est ainsi détachée de la peau au moyen de la chaux ; par opposition à la « mère-laine » que l’on tond sur la bête vivante. Le plis est cependant employé pour certains ouvrages, comme les grosses couvertures, qui doivent être considérablement refoulées, la chaux dont elles sont légèrement empreintes facilite, à ce qu’on dit , le travail du foulon, mais en général cette laine est rebutée : les anciens statuts des mégissiers leur défendent sévèrement de la mêler avec la mère-laine, parce qu’elle fait un drap qui se casse de toutes parts.

    La gelée nuit aussi à cette opération : les peaux ne « plumeroient » pas si bien, c’est à dire qu’elles ne quitteront pas aussi bien la laine, si elles ont été gelées : le pied de la laine (cette épiderme légère qu’on enlève avec la laine et qui se détache aisément de la peau) y tiendroit davantage et l’on risqueroit d’effleurer.

    Celui qui pèle une peau de mouton a soin de séparer la laine en deux ou trois tas différents, suivant le degré de beauté : la laine du collet est la plus belle, le dos et le ventre donnent une laine moyenne, ou plis moyen, celle des cuisses ou de la queue sont ordinairement de la dernière qualité, il y a cependant des moutons qui ont la laine du ventre plus grosse que celle des cuisses.

    En Berry, le choix et l’attention que l’on apporte dans cette opération sont encore plus considérables : on y tire la laine à la main avec la plus grande attention : on sépare d’abord la belle laine blanche en trois sortes : plis fin, plis moyen et gros plis ; la laine noire ou grise forme aussi trois espèces qu’ils appellent « fin beige », « moyen beige » ou « gros beige ») ; ils nomment « écharnure » la laine tirée sous la gorge et sur les épaules, c’est la plus estimée : elle se vend jusqu’à cinquante sols la livre, c’est à dire trois fois plus que la laine des environs de Paris.

    Au contraire, le « jarre » est formé par des brins de laine plus grossiers et moins blancs, qui sont restés attachés à la peau, quand on tire la bonne laine. Il y a des moutons qui ont beaucoup de jarre, on le prendrait pour du poil de chien quand ce jarre est resté seul sur la peau.

    La laine se lave, dans le Berry, à la force des bras, dans de grands paniers qu’on plonge dans la rivière, au lieu que dans ces pays-ci, les mégissiers lavent ordinairement la laine sur la peau, ce qu’on appelle laver « de surge » ou « de suen ».

    Lorsqu’on travaille le vélin, on est aussi obligé de peler ou de débourrer les veaux sur le chevalet, mais ce travail n’exige pas autant de précautions. Pour débourrer le veau, on s’y prend à peu près comme pour peler le mouton, si le cuir est un peu trop dur on emploie une pierre au lieu du peloir de bois dont nous avons parlé. On appelle « cœur » cette pierre dont la qualité est ordinairement celle des pierres à aiguiser : elle a une forme quadrangulaire et se termine en pointe des deux côtés. On se sert aussi du fer à recasser, c’est même le plus usité pour cette opération. Les peaux de tambour se pèlent quelquefois avec des cendres et de l’eau.

    Si l’on veut mettre à profit la bourre, que l’on a retirée de dessus une peau de veau, il faut la jeter dans un cuvier d’eau claire, où elle passe cinq à six jours. On la lave ensuite dans un grand panier d’osier qui ait deux pieds de diamètre et un pied et demi de profobndeur, au milieu duquel il y a une anse, circulaire.

    On peut alors plier cette lavée de bourre en forme de manchon pour la mettre à égoutter sur une claie pendant trois jours. On l’étend sur des claies dans le séchoir (plus elle séchera promptement, meilleure sera la qualité).

    Cette bourre sert à garnir les fauteuils, les selles, les colliers des chevaux, elle vaut 10 à 12 livres le quintal.

    Si la bourre n’a pas été lavée et choisie avec les précautions que nous venons d’indiquer, elle ne sert plus qu’aux maçons qui la mêlent dans la chaux éteinte pour la lier ; et en faire un enduit en forme de plâtre 4 .

    Mettre les cuirs dans le plein5

    Lorsque les cuirs sont pelés, il s’agit de les mettre dans le plein pour les faire enfler, les attendrir et les dégraisser. Le plein est un creux pratiqué dans la terre, ayant deux pieds de diamètre sur cinq pieds de hauteur, plus ou moins – et qui peut contenir entre cinq cents et milles pintes d’eau, ou deux ou trois muids de mesure de Paris (le muid est de trois cents pintes, chacune de deux livres ou 48 pouces-cubes, comme les bouteilles ordinaires). Les pleins ne sont point revêtus de briques ni de pierres, la maçonnerie fourniroit toujours un gravier qui feroit tout à l’ouvrage.

    On y enterre de grandes tonnes de chêne.

    C’est dans ces tonnes que l’on fait fondre et éteindre la chaux dans laquelle doivent séjourner les cuirs.

    On ne doit pas différer à mettre les peaux dans le plein lorsqu’elles ont été pelées, elles perdroient leur humeur de chaux, se gateroient si on les laissat trop long-temps hors de la chaux.

    Pour faire un plein, on choisit de la chaux faite avec une pierre tendre, afin qu’elle soit plus douce, et qu’elle attaque plus lentement les cuirs : la chaux que l’on préfèreroit pour faire le mortier à bâtir est trop vive pour faire un plein, on prend une chaux légère qui durcit moins et boit moins d’eau.

    Lorsqu’il s’agit d’éteindre de la chaux pour le mortier, on commence à l’échauffer avec un peu d’eau pour la faire partir, la mettre en mouvement, mais bientôt après on y ajoute une plus grande quantité d’eau, pour que la chaux ne se brûle pas, cependant on a soin de ne pas la noyer, sans quoi elle perd sa force et ne durcit plus le mortier.

    Il en est tout autrement de la chaux des mégissiers : on la noye afin de l’amortir, on jette dans le plein la valeur de deux muids d’eau pour un demi-muid de chaux, et tout à la fois afin que la chaux trouve de quoi s’étendre tout d’un coup.

    Tandis que la chaux se fond, on la remue continuellement, de manière à ce qu’elle fasse un beau lait de chaux : le « bouloir » ou « poussoir » dont on se sert pour cet effet est une pièce de bois taillée en cube et emmanchée à un long bâton.

    On laisse ensuite reposer le plein jusqu’à ce que la chaux soit bien éteinte et bien froide, il ne doit servir que deux jours après la fonte ; sans ce délai on courroit le risque de brûler les cuirs. On appelle « cuirs » et dans certains endroits « cuirets » les peaux qui sont pelées, jusqu’à ce qu’elles aient été travaillées par la herse, car c’est alors seulement que le parchemin est fait ; et prend le nom de « peau de parchemin ».

    Avant de mettre les cuirs dans ce plein frais, on les prépare en les faisant tremper dans un cuvier avec une eau de chaux légère et déjà usée

    on les laisse dans ce « mort-plein » deux ou trois jours, après quoi on les laisse autant de temps à l’égoût.

    Après avoir été ainsi préparés dans un mort-plein et égouttés, les cuirs se jettent dans le plein frais ; on peut en mettre quatre cents dans un plein où il y aurait deux muids d’eau (de huit pieds-cubes chacun) ; on a soin de le remuer auparavant avec le bouloir pour distribuer la chaux dans toute la masse d’eau.

    Trois ou quatre jours après, on retire les cuirs du plein pour les mettre en retraite, pour cela on se sert d’une tenaille à deux branches, qui a quatre à cinq pieds de long, et on les jette dans distinction les uns sur les autres sur un terrain incliné ; d’où l’eau de chaux en s’égouttant puisse retourner dans le plein.

    Sans cette opération de retraite, l’eau gonfleroit trop les cuirs, et la chaux trop délayée n’agiroit pas assez sur leur substance. Après trois à quatre jours de retraite, les cuirs retournent dans le plein pour un pareil espace de temps, et toujours alternativement pendant le cours de trois semaines. Ainsi quant on dit que les peaux de mouton exigent trois semaines de plein, on suppose toujours cette alternative – en sorte que pendant la moitié de ce temps elles aient été mises en retraite.

    Quoique nous disions que le plein doive durer trois semaines, rien n’empêche de le prolonger davantage, pourvu que l’eau de chaux ne soit pas bien forte, on en laisse souvent dans des pleins-morts sept à huit mois sans qu’il ne soient gâtés. Il est vrai cependant qu’à la longue la peau « piétrit » et devient un peu trop molle, et perd de sa qualité.

    1. Il s’agit en fait du papyrus
    2. Un boisseau correspond approximativement à 13 litres.
    3. Journée de travail moyenne à l’époque : 11 heures, six jours par semaine.
    4. On retrouve encore fréquemment cet enduit sur les anciens lattis des plafonds
    5. Également orthographié plain ou plin

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